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Après l’archéologie et les Mayas, Eric Taladoire explore une nouvelle facette du Mexique : la période de la révolution (1910-1917). Au travers du livre Mercenaires, anarchistes et bandits en révolution, il s’attarde plus particulièrement sur la présence étrangère en terre mexicaine.

Couverture Mercenaires Eric Taladoire
Couverture du dernier livre d’Eric Taladoire, Mercenaires, anarchistes et bandits en Révolution

Alors que sur notre continent, la Première Guerre mondiale s’apprête à éclater, de l’autre côté de l’Atlantique, le Mexique vit une situation troublée. La révolution mexicaine débutée en 1910 bat son plein. Les protagonistes sont nombreux. Tous cherchent à prendre la place du dictateur déchu Porfirio Diaz. Francisco Madero met le feu aux poudres, bientôt suivi par Emiliano Zapata. Après la prise de pouvoir de Victoriano Huerta, la situation dégénère en nombreuses guérillas et Pancho Villa avec sa Division del Norte sème la terreur partout où il passe.

Parmi les forces en présence, de nombreux étrangers. Certains se battent, d’autres sont du côté des victimes. La forte communauté chinoise est ainsi la cible de racisme et de diverses tueries. Si des Chinois sont installés au Mexique, c’est parce qu’ils “ont été engagés pour travailler dans les haciendas, notamment au Yucatán, mais aussi au Chiapas“, explique Eric Taladoire, auteur de Mercenaires, anarchistes et bandits en révolution. “Une abondante main d’oeuvre chinoise a aussi travaillé à la construction des voies ferrées aux USA. Une fois le travail achevé, la plupart d’entre eux ont été expulsés, et ont préféré émigrer au Mexique que rentrer en Chine“, ajoute-t-il. La communauté espagnole est bien évidemment ultra majoritaire. Tous ces étrangers sont des cibles durant la révolution. Ainsi Pancho Villa chasse les Espagnols de Torreon, puis de Chihuahua,il s’en prend ensuite aux Chinois et aux Américains.

En toile de fond : l’intervention étrangère lors de la révolution mexicaine

Au fil des pages Eric Taladoire, auteur de L’aventure Maya, découvertes du XVIe au XXIe siècle, raconte le déroulement de la révolution dans le moindre détail, toutes les batailles, les retournements de situation, les luttes de pouvoir. Et toujours ce prisme de l’intervention étrangère au Mexique. Une thématique bien loin de l’archéologie et des mayas. L’archéologue confirme mais précise : “Je suis historien de formation. La formation en archéologie est postérieure. L’archéologue trouve des tessons, mais il cherche des gens. En m’intéressant au monde mésoaméricain, je tiens compte aussi bien de l’anthropologie que de l’archéologie ou de l’histoire.”

Des Allemands réfugiés au Chiapas

Le contexte international pousse l’Allemagne à jouer un rôle dans la révolution et la guerre civile mexicaine. Elle use de son influence pour semer le trouble avec les Etats-Unis et les occuper sur un terrain lointain de l’Europe. A la fin de la guerre civile, le Mexique devient d’ailleurs une terre d’immigration pour les Allemands. Ils s’installent au Chiapas et “trouvent un accueil favorable parmi les nombreux Allemands planteurs de café déjà installés depuis le Profiriat”, écrit Eric Taladoire. En 1920, 6 500 citoyens allemands sont installés au Chiapas. “De nombreux Allemands de toutes tendances ont aussi cherché refuge au Mexique. Les uns (dont plusieurs anthropologues) pour fuir le régime nazi ou les persécutions, d’autres au contraire pour échapper à la victoire alliée en 1945“, ajoute l’auteur.

En 1921, on dénombre 194 818 étrangers au Mexique dont 3 947 Français, 26 667 Espagnols, 14 472 Chinois, 11 090 Nords-Américains, 3 954 Britanniques, 2 292 Italiens, 1 823 Japonais et 135 Belges.

Après Mercenaires, anarchistes et bandits en révolution, Eric Taladoire a repris la plume avec Rosario Acosta pour consacrer un livre au rôle joué par les femmes durant la révolution. Cet ouvrage devrait sortir en septembre.

Mercenaires, anarchistes et bandits en révolution, des étrangers sur la terre du Mexique 1910-1917, Eric Taladoire. CNRS Editions.358 pages. 26 euros.