Quel est le rapport entre les lamas et le site inca de Choquequirao ? (INFOGRAPHIE)
Le site inca de Choquequirao, qui s’écrit aussi Choqek’iraw, est connu pour ses multiples terrasses sur lesquelles sont représentées des lamas. Mais pourquoi donc cet animal ? Qu’a-t-il de spécial ? Et quel est le lien avec cette ancienne ville perdue du Pérou ? Explications.

Vous avez sûrement déjà vu passer des photos. Au milieu de la montagne, des terrasses recouvertes de pelouse et sur lesquelles sont dessinées des lamas blancs. Cette ville inca porte le nom de Choquequirao (ou Choqek’iraw). Elle se situe dans les Andes péruviennes, à la limite des départements de Cuzco et d’Apurima. La ville a été construite à une altitude moyenne de 3 200 mètres précise l’achéologue Patrice Lecoq dans son article «Terrasses aux mosaïques de Choqek’iraw, Pérou. Description générale et premières interprétations» paru en 2010. Cependant, les vestiges s’étalent sur un dénivelé important, propre à la topographie vertigineuse du canyon de l’Apurimac. Les spécialistes considèrent Machu Picchu, tout comme Choquequirao, comme deux sites majeurs de la culture inca. Ils représentent des centres cérémoniels associés à la royauté.
Mais ce qui différencie les deux sites, c’est sans aucun doute la représentations de lamas. Pourquoi des lamas à Choquequirao ? Que représentaient-ils ? On répond à toutes les questions que vous vous posez.
Quel est le rapport entre les lamas et le site ?
Le rôle des lamas à Choquequirao est triple. D’une part ils étaient représentés car ils avaient une fonction essentielle dans la vie et l’économie des peuples andins. Ils servaient dans les caravanes au transport de marchandises.
À Choquequirao, les habitants en élevaient pour leur viande. Ils leur permettaient également d’obtenir la laine, utilisée pour le tissage et la confection de l’habillement, écrit Patrice Lecoq dans «Nouveau regard sur Choqek’iraw (Choque Quirao) : un site inca au cœur de la cordillère de Vilcabamba au Pérou» (publié en 2014).
Enfin, ils avaient une grande importance symbolique et rituelle. Ainsi, les Incas enterraient des fœtus de lama aux quatre coins d’une habitation dans le but de donner de la force et de la stabilité à la construction. Au mois d’octobre, ils sacrifiaient 100 lamas pour faire tomber la pluie.
Combien y a-t-il de lamas à Choquequirao ?
Il y a exactement 24 lamas représentés sur les célèbres mosaïques des terrasses du versant occidental du site. Ces figures s’inscrivent dans un ensemble plus vaste de vingt-huit motifs en pierre, qui comprend également des formes géométriques (lignes brisées, damiers) et la figure d’un berger.
Les 24 lamas, réalisés avec des dalles de calcschiste blanchâtre, présentent des tailles et des postures variées et se répartissent sur plusieurs niveaux de terrasses.
Le fait que les 24 lamas se divisent en deux groupes de 12 (avec des sous-groupes de trois animaux) revêt une forte signification cosmologique et calendaire dans la culture andine. C’est pourquoi plusieurs archéologues suggèrent que ces douze lamas de caravane symbolisaient les douze mois de l’année du calendrier agro-pastoral inca, rythmé par le déplacement des astres et les cycles de transhumance.

Les motifs de lamas sont en pierres blanches incrustées dans les murs. Pourquoi cette technique en particulier a-t-elle été utilisée ?
La technique employée sur le versant occidental de Choquequirao est atypique. Les pierres de calcschiste blanchâtre formant les motifs, ainsi que les pierres du parement de ces terrasses, sont disposées verticalement et non horizontalement comme c’est la règle dans l’architecture inca classique.
L’agencement vertical des pierres imite les fils de chaîne d’une tapisserie ou d’un vêtement tissé. Dans la culture andine, les textiles (unku ou tuniques) étaient des véhicules de pouvoir et servaient à habiller les idoles sacrées. En utilisant cette technique architecturale, les bâtisseurs ont symboliquement « revêtu » la montagne d’une gigantesque tunique de pierre.
L’utilisation de la couleur blanche a une fonction symbolique. En effet, les lamas blancs, appelés napa, faisaient partie des insignes royaux suprêmes du souverain inca.
Pourquoi ne retrouve-t-on pas ces mosaïques ailleurs dans le monde inca ?
Les mosaïques murales de ce type sont en effet une exception totale dans l’architecture inca. Cela pourrait s’expliquer par l’influence de la culture Chachapoya dont la mosaïque murale est une tradition reconnue. Cependant, l’art chachapoya n’utilise jamais de lamas dans ses mosaïques et ses figures sont généralement réalisées avec des dalles plates soigneusement sélectionnées, contrairement aux blocs grossièrement taillés de Choquequirao.
Sources : thèse de doctorat en anthropologie soutenue par Thibault Saintenoy à l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne en 2011, Nouveau regard sur Choqek’iraw de Patrice Lecoq, Terrasses aux mosaïques de Choqek’iraw, Pérou, Description générale et premières interprétations article paru dans le Journal de la Société des américanistes, The ‘llamas’ from Choquequirao: a 15th century Cusco Imperial rock art





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