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Le Codex Borbonicus ou le Codex Grolier sont associés à des polémiques. Pour différentes raisons, leur date de rédaction ou bien leur authenticité, ont été mises en doute.

Codex Grolier
Notre série d’articles consacrés au Codex Borbonicus :

1/ Codex de Dresde, Codex Borbonicus… Qu’est-ce qu’un Codex ?
2/ Sylvie Peperstraete nous raconte comment le livre sur le Codex Borbonicus a vu le jour
3/ Pourquoi les Codex Borbonicus et Grolier ont-ils fait polémique ?
4/ Que contient exactement le Codex Borbonicus ?
5/ Sacrifice ou autosacrifice, quelle différence ?

Le Codex Borbonicus est de tradition aztèque. Il représente les cycle calendaires chez les Mexicas. Dès les année 50, des chercheurs s’intéressent au manuscrit et ne sont pas d’accord sur sa datation. A-t-il été rédigé avant ou après la Conquête ? « Les spécialistes qui se prononcent en faveur de la première solution invoquent des arguments stylistiques et historiques. A l’inverse, Donald Robertson situe le Codex Borbonicus dans la première phase de l’école picturale coloniale de Mexico-Tenochtitlan entre 1522 et 1540 » , écrit Danièle Dehouve anthropologue spécialiste du Mexique, dans le livre Le Codex Borbonicus, paru aux Editions Citadelles&Mazenod.

« A ce jour, les analyses physico-chimiques n’ont révélé que des techniques et des pigments qui étaient connus à l’époque préhispanique » , renchérit Sylvie Peperstraete, professeure à l’Université libre de Bruxelles, spécialiste de la Mésoamérique préhispanique. « Quant au contenu du Codex, les conventions et codes de représentation indigènes ont été suivis à la lettre. Même en supposant que le Codex Borbonicus a été réalisé quelques années après la Conquête, il est tellement proche dans manuscrits préhispaniques qu’il garde tout son intérêt pour les historiens » , poursuit-elle.

Des doutes « beaucoup plus gênants »

Concernant le Codex Grolier, il y avait des doutes sur son authenticité. « Ce qui est évidemment beaucoup plus gênant qu’une incertitude sur la date de réalisation comme dans le cas du Codex Borbonicus » ,  juge Sylvie Peperstraete. Découvert dans une grotte au Chiapas, il n’était pas exposé et dormait à l’abri des regards dans les sous-sols du Musée national d’anthropologie de Mexico.

Ce n’est qu’en septembre 2016 que la donne change. Stephen Houston, chercheur en archéologie et spécialiste de la Mésoamérique à l’université de Brown aux États-Unis, mène l’enquête.  Avec ses partenaires, ils étudient l’origine du document, la nature et le style de l’iconographie… Ils pratiquent aussi une datation au carbone 14. Ils en concluent qu’il est véridique et date de 1230.

Un support précieux pour les historiens malgré les doutes

Concrètement, pour un historien, cela change-t-il le travail de fond de savoir qu’il y a des doutes sur l’authenticité ou la datation d’un Codex ? Oui confirme Sylvie Peperstraete. « D’autres Codex du début de l’époque coloniale sont marqués par des influences européennes plus ou moins prononcées. Cela contraint les chercheurs à faire tout un travail de critique historique préalable, avant d’espérer pouvoir y puiser des données sur l’époque préhispanique. »

En définitive, doute ou pas, « ils n’en restent pas moins intéressants pour les spécialistes, en tant que productions de leur période » , conclut la spécialiste.