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À Cacaxtla, la découverte de peintures murales exceptionnelles au style inédit a poussé Juliette Testard à mener des investigations. Quelles étaient les relations entre la ville de Cacaxtla, située dans le centre du Mexique, et les cités-États mayas de l’est du pays ? Qui influençait qui ? 

La fabrique du prestige en MésoamériqueInteractions et altérité dans le Mexique central à l’Épiclassique (600 à 900 apr. J.-C.) de Juliette Testard © DR
La fabrique du prestige en Mésoamérique, interactions et altérité dans le Mexique central à l’Épiclassique (600 à 900 apr. J.-C.) de Juliette Testard

L’époque épiclassique (800 a 900 ap. J.-C. et 600 a 800 ap.J.-C), est traditionnellement décrite comme une période de grands mouvements de population (p.14). Loin d’être isolées, les cités comme Tula, Chichen Itza ou Teotihuacan entretenaient des relations étroites. Si l’on a longtemps cru à une invasion brutale de Chichen Itza par Tula vers 986 apr.J.-C., la présence de sculptures de félins et de rapaces suggère plutôt une interaction sur le temps long (p.57). Ces échanges ne se limitaient pas aux guerres, mais s’inscrivaient aussi dans le commerce, les mariages entre personnes hauts placées.

Le cacao et le jade : les monnaies du pouvoir

Au cœur de ce système, certains biens circulaient comme de véritables marqueurs de rang social. Le cacao, par exemple, n’était pas qu’une simple denrée. Il servait à la fois de boisson sacrée et de monnaie d’échange (p.63), formant un binôme symbolique avec le maïs. Partout, de Cacaxtla aux cités mayas, la plante de cacao était un vecteur de symboliques puissantes liées au serpent à plumes (p.341).

Le jade et les pierres vertes jouaient un rôle tout aussi crucial. Réservés à l’élite, les ornements en jade accompagnaient les puissants dans la danse, la guerre et jusque dans la mort (p.312). Des archéologues ont d’ailleurs remarqué que des pectoraux en pierre verte identiques apparaissaient aussi bien sur les reliefs de Xochicalco, que sur des figurines mayas de Jaina. Cela prouve que les chefs de différentes régions partageaient les mêmes codes vestimentaires de haut rang (p.249).

Des codes et techniques empruntés à d’autres

Le prestige dont parle Juliette Testard passait également par la maîtrise de matériaux exotiques et de techniques raffinées. On a ainsi retrouvé à Cacaxtla et Cholula des récipients en tecalli, une pierre blanche précieuse (marbre ou onyx) provenant principalement du Honduras (p.181-183).

L’art mural témoigne lui aussi de ces influences croisées. À Cacaxtla et Xochicalco, les peintres utilisaient une technique dite « a secco », mélangeant des colorants organiques issus des traditions mayas et de la côte du Golfe (p.370). Même la posture des personnages sur ces fresques était codifiée : les figures représentées de face et isolées devenaient des objets de culte au statut hiérarchique supérieur, tandis que les personnages de profil n’étaient que des accompagnateurs (p.227).

Des symboles partagés

Enfin, la religion servait de langage commun. Le culte du Serpent à Plumes (Quetzalcoatl) et l’utilisation du bleu maya (lié au dieu de la pluie Chaac) unifiaient ces cultures disparates (p.63). Le hibou, symbole de la guerre, voyageait de Teotihuacan jusqu’à Tikal (p.354).

Ces recherches démontrent que les relations inter-élites constituent l’un des traits les plus distinctifs de l’époque épiclassique en Mésoamérique (p.369). Derrière les cités de pierre se cachait un réseau complexe de diplomatie et d’apparat, où la possession d’un objet rare ou la maîtrise d’un symbole sacré définissait qui détenait véritablement le pouvoir.

La fabrique du prestige en Mésoamérique, Juliette Testart, EME Editions, 464 pages, 46 euros.